Une nouvelle stratégie de dépistage COVID pour freiner les éclosions en milieu de travail

Une équipe de chercheurs du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) étudie la façon dont de fréquents tests de dépistage rapide de la COVID-19 effectués en milieu de travail pourraient prévenir la transmission et empêcher les éclosions de se multiplier.

Dirigée par le Dr Cédric Yansouni, spécialiste des maladies infectieuses, cette étude est menée en collaboration avec des entreprises montréalaises touchées par des éclosions de COVID-19 en offrant des tests de dépistage rapide de la COVID-19 tous les trois jours à tous les membres du personnel.

En procédant à des tests tous les trois jours, les chercheurs sont en mesure de détecter rapidement les personnes asymptomatiques et les nouveaux cas de COVID-19, ce qui contribue à contenir les éclosions et à prévenir toute nouvelle transmission. Cette stratégie de dépistage a également pour avantage de limiter les fermetures prolongées d’entreprises en raison d’éclosions importantes.

« Ces tests rapides sont un peu moins sensibles, ils peuvent donc manquer quelques cas, mais ils ont l’avantage d’être beaucoup plus faciles à déployer à grande échelle. Ces tests peuvent être décentralisés et envoyés dans de nombreux établissements, dans des entreprises partout au Québec, par exemple. Nous voulons savoir si une telle utilisation peut aider à réduire les éclosions », explique le Dr Yansouni.

Les travaux du Dr Yansouni s’appuient sur deux études antérieures menées par un co-chercheur, le Dr Jonathon Campbell. Dans un premier temps, le Dr Campbell a montré que les tests salivaires pour le dépistage de la COVID-19 sont aussi précis que les très répandus tests par écouvillonnage du nasopharynx (écouvillon inséré dans le nez), même chez les personnes asymptomatiques. Qui plus est, les tests salivaires sont plus largement disponibles, moins dispendieux et nécessitent moins de ressources.

« Les tests par prélèvement nasopharyngé sont très coûteux et exigent davantage de ressources puisqu’ils doivent être effectués par un professionnel de la santé qualifié », souligne le Dr Campbell. « Les tests salivaires sont précis et peuvent réduire de plus de 60 % les coûts associés aux prélèvements nasopharyngés. »

Dr Jonathon Campbell

Dans la deuxième étude, le Dr Campbell a démontré que les dépistages effectués à intervalles réguliers à l’aide de tests salivaires et d’analyses par PCR (reconnues et utilisées partout au pays) semblaient un moyen efficace de contenir les éclosions en milieu de travail. Le Dr Yansouni et son équipe vont maintenant plus loin en vérifiant si ces tests rapides, qui ne nécessitent pas les habituelles analyses en laboratoire, produisent les mêmes résultats lorsqu’ils sont employés pour le dépistage de la COVID-19 à intervalles réguliers.

« Nous réagissons au fait que la capacité des laboratoires à faire les tests de dépistage a été un facteur limitant tout au long de la pandémie. Nous voulons savoir si nous sommes en mesure de reproduire les conclusions du Dr Campbell et de les élargir », mentionne le Dr Yansouni. « Plutôt que de procéder au dépistage à l’aide de tests de laboratoire, nous utilisons des tests de diagnostic rapide que vous pouvez faire vous-même. »

Un autre aspect de l’étude vise à déterminer si les résultats obtenus avec les tests de dépistage auto-administrés sont fiables. La seule façon de parvenir à généraliser l’utilisation des tests rapides est de s’assurer que les gens sont capables de les faire correctement, sans l’aide d’un professionnel de la santé. L’équipe du Dr Yansouni évalue si les tests d’auto-diagnostic de la COVID-19 sont suffisamment fiables pour être utilisés à grande échelle. Cette information est importante, car elle pourrait mener à des changements dans les politiques de santé et alléger le fardeau que les tests de dépistage font peser sur le système de santé.

Dans l’ensemble, l’étude du Dr Yansouni évaluera l’acceptabilité, la faisabilité et l’efficacité des tests rapides pour le dépistage fréquent de la COVID-19 en milieu de travail, de même que les coûts associés et la capacité de ces tests à prévenir la transmission de la maladie. Les résultats de cette étude permettront d’éclairer l’élaboration de stratégies de dépistage pour prévenir les éclosions, éviter la fermeture d’entreprises et garantir que nous disposons d’une stratégie efficace en cas d’éclosions futures.

Les études du Dr Yansouni et du Dr Campbell ont été rendues possibles grâce au généreux soutien de la Fondation familiale Trottier et de l’Initiative interdisciplinaire en infection et immunité (MI4) de l’Université McGill, laquelle est soutenue par la Fondation du CUSM.

« Nous n’aurions probablement pas été en mesure de mener ces travaux sans le soutien d’organismes philanthropiques », affirme le Dr Campbell.

La Fondation familiale Trottier a fourni les fonds de démarrage qui ont permis aux chercheurs de lancer leurs projets, ce qui s’est ensuite traduit en une subvention de 205 000 $ de la part du ministère de la Santé et des Services sociaux, de même que par un soutien en nature sous forme de trousses de dépistage rapide. Il s’agit véritablement d’une histoire qui témoigne du pouvoir de la philanthropie : le financement de démarrage offert par de généreux donateurs peut se transformer en subventions gouvernementales et amplifier l’impact du don initial.