Une percée dans la lutte mondiale contre la résistance aux antimicrobiens

Saviez-vous que la résistance aux antimicrobiens (RAM) cause plus d’un million de décès chaque année dans le monde? Cette crise sanitaire prend de l’ampleur à mesure que les bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques couramment prescrits, sur lesquels la médecine s’appuie depuis des décennies.

Les infections deviennent de plus en plus difficiles, voire parfois impossibles, à traiter. Les piliers de la médecine moderne, tels que la chimiothérapie, la transplantation d’organes et les prothèses articulaires, qui nécessitent toutes des antibiotiques, pourraient représenter un risque bien plus important.

« En réalité, sans antibiotiques efficaces et fiables, même les interventions chirurgicales les plus simples pourraient entraîner un risque d’infections graves, potentiellement mortelles », explique la Dre Dao Nguyen, directrice du Centre de résistance aux antimicrobiens de l’Université McGill.

Selon les estimations, d’ici 2050, la résistance aux antimicrobiens (RAM) mettra en péril 10 millions de vies à l’échelle mondiale. Voilà pourquoi, au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), une équipe de spécialistes travaille sans relâche pour accélérer les avancées au Centre de résistance aux antimicrobiens de McGill (Centre de RAM). Partie intégrante de l’Initiative interdisciplinaire en infection et immunité de McGill (MI4), pôle phare de la recherche sur les maladies infectieuses à Montréal, le Centre de RAM de McGill est principalement financé par les dons versés à la Fondation du CUSM.

« MI4 a été créé pour répondre au problème croissant des maladies infectieuses, à la crise émergente des superbactéries et aux éventuelles pandémies. Notre travail ici est intimement lié à la lutte contre la RAM qui est un problème à l’échelle mondiale. Nous avons une grande reconnaissance pour notre généreuse communauté, car elle nous aide à rester à l’avant-garde de la lutte contre ce fléau », déclare le Dr Marcel Behr, codirecteur de MI4.

Au cœur du problème de la RAM, il n’y a pas seulement les bactéries elles-mêmes, mais aussi le temps nécessaire pour les identifier. Les méthodes traditionnelles obligent les équipes cliniques à attendre plusieurs jours avant d’obtenir les résultats d’analyse. Pour sauver une vie, elles doivent donc agir malgré l’incertitude. Cette situation représente toutefois un risque dans le contexte de la résistance aux antimicrobiens : prescrire les mauvais antibiotiques au mauvais moment peut entraîner des traitements inefficaces ou une surutilisation des antibiotiques susceptible d’accroître involontairement la résistance.

Au Centre de RAM de McGill, une équipe de spécialistes a mis au point une solution révolutionnaire. Elle a créé un système de diagnostic capable d’identifier, en moins de 40 minutes, des bactéries et de déterminer quels antibiotiques peuvent les combattre. Appelée QolorPhAST, cette technologie novatrice a été mise au point dans le laboratoire de la Dre Sara Mahshid (Département de bioingénierie de McGill), en collaboration avec le Dr Cédric Yansouni (Centre JD MacLean pour la médecine tropicale et géographique) et la Dre Nguyen.

« Nous avons besoin de nouveaux outils capables de fournir des résultats précis beaucoup plus rapidement ou au moyen d’un processus simplifié. QolorPhAST répond à ces deux critères », affirme le Dr Yansouni.

QolorPhAST est un système compact et automatisé muni de nanocapteurs qui changent très rapidement de couleur lors de la métabolisation des bactéries vivantes. Cette réaction visuelle immédiate est jumelée à une analyse avancée par apprentissage automatique. Les équipes cliniques peuvent ainsi identifier rapidement la bactérie responsable d’une infection et déterminer quels antibiotiques seront efficaces, sans avoir recours à de longues cultures en laboratoire.

« Chaque année, plus d’un million de personnes meurent des suites de la RAM, soit davantage que du VIH/sida ou du paludisme, explique la Dre Mahshid. Des tests rapides sont essentiels pour poser le bon diagnostic et choisir le traitement approprié. »

Lors d’un essai clinique mené sur 54 échantillons d’urine, QolorPhAST a démontré une précision impressionnante par rapport aux méthodes traditionnelles de laboratoire, en une fraction du temps requis habituellement. Des diagnostics plus rapides et plus précis permettent aux médecins de traiter les infections adéquatement dès le départ, de réduire l’utilisation inutile d’antibiotiques et de ralentir la propagation de la résistance.

Conçu pour être abordable, portatif et facile à utiliser, ce système pourrait transformer les soins dans une grande variété de milieux, des hôpitaux aux cliniques communautaires, particulièrement pour les infections courantes comme celles des voies urinaires.

« La RAM est un problème mondial qui exige des solutions pouvant être reproduites partout dans le monde. Nous savons également que les décès attribuables aux infections et à la RAM sont les plus nombreux dans les pays où l’accès aux laboratoires conventionnels est le plus limité. QolorPhAST pourrait rendre les tests plus accessibles là où les besoins sont les plus grands », ajoute le Dr Yansouni.

Une chose est sûre : la résistance à tous les antibiotiques connus à ce jour est inévitable.

Au-delà de leur utilisation excessive en milieu clinique, l’élevage représente environ 70 % de la consommation mondiale. Les antibiotiques y sont couramment utilisés pour traiter, contrôler et prévenir les maladies du bétail. Ce phénomène favorise considérablement la RAM, qui peut se propager à l’être humain par l’alimentation, l’environnement (contamination de l’eau ou du sol) ou par contact direct.

« Non seulement les bactéries sont plus nombreuses que nous, mais elles peuvent aussi se propager et évoluer rapidement pour survivre. Toutefois, grâce à des avancées comme QolorPhAST, nous avons de meilleurs outils pour affronter cette crise. Les tests nous permettent de détecter avec précision les résistances, de choisir le traitement approprié et, potentiellement, de prévenir les infections », ajoute la Dre Nguyen.

Les travaux novateurs menés à MI4 et au Centre de RAM de McGill sont financés par des dons de plusieurs millions de dollars versés par la Fondation du CUSM. Ces fonds essentiels soutiennent des recherches avant-gardistes et font de MI4 un chef de file mondial de la lutte contre la RAM.

« De telles percées sont le fruit d’un travail collectif. C’est grâce aux donateur(-trice)s qui croient en la recherche et lui donnent l’élan nécessaire pour aller de l’avant qu’elles deviennent possibles. Ici, à Montréal, nous avons l’immense privilège de pouvoir compter sur le talent du Centre de résistance aux antimicrobiens du CUSM, dont les équipes repoussent les limites du possible, déclare Marie Hélène Laramée, présidente‑directrice générale de la Fondation du CUSM. Grâce à ce soutien, les découvertes arrivent plus rapidement au chevet des patient(e)s. Les soins s’en trouvent transformés, tant ici qu’à l’échelle mondiale. »

Pour en savoir plus sur les travaux importants menés à MI4 et sur les moyens à votre disposition pour participer à l’accélération des avancées scientifiques dans la lutte mondiale contre la RAM, visitez la page.

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