Mois de la recherche en santé des femmes : parlons de ménopause

On a toujours dit aux femmes que la ménopause n’était qu’une épreuve à endurer. Que les bouffées de chaleur, l’insomnie, les troubles cognitifs, les sautes d’humeur et les fluctuations de la libido font simplement partie du vieillissement : c’est gênant, peut-être inconfortable, mais inévitable.

À la Fondation du CUSM, nous croyons que les femmes méritent mieux.

C’est pourquoi, en ce Mois de la recherche en santé des femmes, nous mettons en lumière un domaine de la médecine longtemps ignoré : la ménopause et la santé hormonale. Nous sommes fières de souligner les travaux novateurs de la Dre Lina Huang, obstétricienne-gynécologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Elle a été engagée pour diriger la Clinique de ménopause complexe du CUSM, l’une des rares cliniques au Québec offrant des soins spécialisés en ménopause, particulièrement pour les femmes dont la prise en charge est plus complexe.

« La ménopause touche la moitié de la population, pourtant elle demeure l’un des domaines les moins étudiés en médecine, explique la Dre Huang. Nous n’avons toujours pas de réponses claires concernant l’hormonothérapie, les risques de cancer et les effets sur la santé cardiovasculaire. L’écart entre la fréquence de cette réalité et notre compréhension de celle-ci est frappant. »

Malgré le manque de compréhension du public sur la ménopause, la Dre Huang soutient que traiter des symptômes plus complexes n’est pas nécessairement compliqué.

« Quand les patientes viennent à la clinique et demandent de l’aide, c’est souvent aussi simple que de les écouter et de traiter leurs symptômes », ajoute-t-elle.

La santé hormonale n’est pas un sujet marginal, et la santé des femmes n’est pas un mystère. Le « Fonds vers l’avenir : pour la santé des femmes », la campagne de 5 millions de dollars de la Fondation du CUSM, vise à accélérer la recherche et à faire progresser les soins en santé des femmes au CUSM.

« La santé des femmes a été sous-représentée dans la recherche et le financement pendant trop longtemps, affirme Marie-Hélène Laramée, présidente-directrice générale de la Fondation du CUSM. Le “Fonds vers l’avenir : pour la santé des femmes” est né de notre engagement collectif à changer cette réalité. Les travaux de la Dre Huang illustrent bien la recherche transformatrice menée par des femmes, pour les femmes, qui se déroule au CUSM. »

Après avoir suivi une formation spécialisée en santé des femmes mature et ménopause à l’hôpital Mount Sinai par l’intermédiaire de l’université de Toronto, et en tant que praticienne agréée en ménopause par la Menopause Society, la Dre Huang est une experte de renommée mondiale dans le domaine des soins complexes associés à la ménopause.

« Bien que la plupart des gynécologues soient à l’aise avec la prise en charge de la ménopause, l’accès à des soins spécialisés devient beaucoup plus difficile pour les patientes présentant un profil à risque élevé : survivantes du cancer, patientes ayant des antécédents d’AVC ou des facteurs de risque cardiovasculaire » précise la Dre Huang.

Pour ces patientes, l’hormonothérapie n’est pas toujours une option envisageable.

« C’est là que la zone grise de la recherche sur la ménopause devient très concrète, explique la Dre Huang. Par exemple, nous n’avons pas encore d’outils d’évaluation assez précis pour mesurer le risque cardiovasculaire chez les patientes en ménopause ou celles qui envisagent une hormonothérapie. Plusieurs patientes se retrouvent dans une catégorie où les avantages et les risques ne sont pas clairement définis. »

À la Clinique de ménopause complexe du CUSM, la Dre Huang travaille en étroite collaboration avec des oncologues, des cardiologues et d’autres spécialistes pour traiter ces cas délicats. Il s’agit d’un véritable modèle de soins collaboratif, qui illustre la complexité de la santé hormonale. Elle tient aussi à souligner que l’hormonothérapie n’est pas la seule option.

« Nous avons des solutions non hormonales qui peuvent réduire de façon importante les bouffées de chaleur et d’autres symptômes invalidants de la ménopause, précise-t-elle. Les femmes doivent savoir qu’elles ont le choix. »

La ménopause n’est pas un simple inconfort. Elle peut être un processus profondément perturbateur qui affecte grandement la qualité de vie. Les bouffées de chaleur peuvent nuire au sommeil pendant des années, tandis que l’insomnie a une incidence sur la concentration et l’humeur. Les changements hormonaux peuvent aussi influencer la santé sexuelle, la densité osseuse, le risque cardiovasculaire et les fonctions cognitives.

Les femmes passent des années à apprendre comment fonctionnent leur corps et leur cycle menstruel, pour voir ensuite toutes leurs connaissances bouleversées par la ménopause. Il peut alors s’ensuivre un processus complexe de réapprentissage, souvent sans accompagnement ni soutien suffisants. De nombreuses femmes expliquent que ces symptômes affectent leur vie quotidienne, leur capacité à se concentrer au travail, à entretenir des relations et à se sentir elles-mêmes.

Une telle incidence ne devrait pas nous surprendre. Un rapport du McKinsey Health Institute publié en 2024, Closing the Women’s Health Gap, révèle que les femmes passent en moyenne neuf années de plus que les hommes en moins bonne santé ou avec une certaine forme d’incapacité. Cette réalité influence non seulement le bien-être personnel, mais aussi la participation au marché du travail et à la vie communautaire, avec des répercussions sur le revenu et la stabilité économique. Selon le rapport, l’amélioration de la recherche et des soins destinés aux femmes pourrait avoir une incidence mondiale de 1 000 milliards de dollars, qui se traduirait par de meilleurs résultats en matière de santé, une économie plus forte et une meilleure qualité de vie dans le monde entier.

« Le manque de recherche, de traitements et de financement en santé des femmes n’est pas seulement un enjeu de santé, c’est aussi un potentiel de 37 milliards de dollars de retombées économiques pour le Canada, affirme la Dre Marie-Renée B-Lajoie, médecin-urgentiste et associée chez McKinsey & Company. Lorsque les symptômes de la ménopause ne sont pas pris en charge, les femmes éprouvent des difficultés au travail, perdent leur potentiel de revenus et se désengagent de leur communauté. Grâce à des soins spécialisés et à des traitements accessibles, nous pouvons permettre à des millions de femmes de rester en bonne santé, de travailler et de s’épanouir. Combler les inégalités en matière de santé chez les femmes est l’un des investissements les plus judicieux que nous puissions faire pour la vie des femmes et pour notre économie. »

Le savoir donne du pouvoir. C’est pourquoi il est essentiel de créer des espaces sécuritaires pour parler ouvertement de la santé des femmes. Ces dernières années, la sensibilisation à la péri ménopause, cette phase de transition qui peut commencer une dizaine d’années avant la dernière menstruation, a augmenté, attirant enfin l’attention sur une étape de vie trop longtemps négligée.

« En rendant ces conversations normales, nous donnons aux patientes les moyens de reconnaître les symptômes, de consulter un médecin et de prendre des décisions éclairées concernant leur santé bien avant que la situation ne devienne critique. Bon nombre de problèmes n’apparaissent pas soudainement à la ménopause, ils évoluent sur plusieurs années », explique la Dre Huang.

La ménopause n’est pas une situation permanente. C’est une étape importante, souvent complexe, dans la vie d’une femme. Avec le bon soutien, de l’information claire et des soins adaptés, elle peut être aussi dynamique et épanouissante que toute autre période de la vie. Les travaux menés au CUSM par des médecins comme la Dre Lina Huang témoignent d’un engagement croissant à prendre les symptômes des femmes au sérieux et à combler des lacunes persistantes en matière de connaissances et d’accès aux soins.

En ce Mois de la recherche en santé des femmes, nous vous invitons à faire avancer ce mouvement. En appuyant le « Fonds vers l’avenir : pour la santé des femmes » de la Fondation du CUSM, vous investissez dans la recherche, des soins spécialisés et un avenir où la santé des femmes n’est plus mise de côté.

Ensemble, nous pouvons accélérer la recherche et faire progresser les soins de santé pour les femmes, pour cette génération et celles à venir.

Appuyez le « Fonds vers l’avenir : pour la santé des femmes » de la Fondation du CUSM dès aujourd’hui.

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